A peine plus de deux mois. Bon sang, ça fait presque peur, dit comme ça! Des années que j'y pense, que j'attends ce moment avec une impatience toujours plus grande. Deux mois, c'est tellement peu comparé à toutes ces années d'espoir. Aujourd'hui, c'est comme si cet instant arrivait trop vite. Comme si au fond de moi, je n'étais pas prête.
C'est là, face à ce gouffre sans nom, que je me dit: ils avaient raison, je suis encore une gamine. Je n'ai pas encore acquis cette maturité des gens qui ont vécu. Normal en même temps, pour quelqu'un qui n'a pas vécu! Magnifique, je suis un gag à moi toute seule, tiens. C'est logique pourtant, de ne pas avoir les mêmes stigmates que ceux qui ont souffert pour de bon quand sa seule vraie douleur est le vide absolu. Celui qui n'est que négation. Absence de raison de vivre, carence en défaites et en victoires, manque de tout ce qui construit une personne.
N'empêche, ça fait peur. L'inconnu fait peur, forcément.
Dis maman, je serai vraiment grande, un jour?